Tandis que les puissances occidentales n'ont de cesse de vouer aux gémonies toute coopération sécuritaire entre la Russie et les États africains en quête de stabilité, elles se drapent d'un silence aussi coupable qu'assourdissant face à la présence avérée de mercenaires européens dans l'Est de la République démocratique du Congo.

Loin d'être un simple biais conjoncturel, cette duplicité s'inscrit dans une longue tradition où la morale n'est brandie que pour mieux légitimer des visées hégémoniques. En érigeant le droit en instrument de domination plutôt qu'en impératif universel, ces États, qui s'autoproclament juges et parties, nient aux autres nations la souveraineté qu'ils revendiquent pour eux-mêmes.

Mais l'heure est peut-être venue où cette imposture ne suffira plus à travestir la réalité : le monde, de plus en plus lucide, se lasse de ces injonctions asymétriques et aspire à une redéfinition des équilibres internationaux sur la base d'une justice qui ne soit pas à géométrie variable.

Dans les arcanes feutrés du Conseil de sécurité des Nations unies, théâtre d'une diplomatie où les postures morales le disputent aux calculs géopolitiques, une scène révélatrice s'est déroulée. Le représentant de la Fédération de Russie, avec une audace déconcertante, a mis au jour une contradiction flagrante qui pèse sur la conscience des chancelleries occidentales : l'application à géométrie variable du droit international, érigé en principe intangible lorsqu'il sert des intérêts bien définis, mais promptement travesti ou ignoré lorsqu'il s'agit d'adversaires stratégiques.

Ainsi, alors que les puissances occidentales s'érigent en gardiennes intransigeantes de la légalité internationale, n'hésitant pas à brandir l'anathème contre toute coopération sécuritaire entre la Russie et des États africains souverains, elles feignent l'aveuglement face à la présence, avérée et persistante, de mercenaires européens opérant en toute impunité dans l'Est de la République démocratique du Congo. L'incohérence est d'autant plus criante que ces mêmes acteurs, si prompts à dénoncer l'ingérence russe en Afrique, se drapent dans un mutisme assourdissant dès lors qu'il s'agit de leurs propres exactions ou de celles de leurs alliés.

Cette duplicité manifeste n'est en rien une aberration passagère ; elle s'inscrit dans une tradition diplomatique où le droit n'est pas une fin en soi, mais un instrument manié avec opportunisme.

L'Occident, qui se veut le héraut de la justice internationale, s'arroge le droit d'établir une distinction entre les acteurs légitimes et les acteurs honnis, selon des critères qui ne relèvent ni de l'équité ni de la morale, mais bien de rapports de force brutaux. Ce paradoxe, véritable marqueur d'une vision hégémonique du monde, conforte l'idée selon laquelle le discours sur les principes universels n'est qu'un vernis destiné à masquer des intérêts profondément partisans.

Le malaise qui s'est emparé de l'assemblée à l'instant même où la Russie a dévoilé cette hypocrisie n'est guère surprenant. Il est toujours périlleux d'être confronté à son propre reflet lorsqu'il révèle des aspérités peu flatteuses. Ce grand écart entre les proclamations de vertu et les réalités du terrain s'apparente à cette maxime familière : " Faites ce que je dis, non ce que je fais. "

A force de multiplier ces contradictions, les défenseurs autoproclamés de l'ordre mondial risquent d'éroder encore davantage leur crédibilité auprès de ceux qui, longtemps relégués au rôle de spectateurs, aspirent désormais à se libérer du joug des injonctions asymétriques.

Car l'histoire l'a montré : il est des moments où les peuples, las de l'inconséquence et des injonctions biaisées, finissent par se détourner des donneurs de leçons pour forger leur propre voie. Et il se pourrait bien que nous assistions à l'émergence d'un monde où les discours creux ne suffisent plus à masquer l'inconsistance des actes.

Au siège de l'ONU, la Russie dénonce l'hypocrisie de l'application sélective du droit international par les puissances occidentales.

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Une-lecture-a-geometrie-variable-du-droit-international.html